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Intervenant
Qu’est-ce qu’un philosophe ? Qu’est-ce que la pratique philosophique ?
27/09/16

Pierre Koest
Mémoire et philosophie
25/10/16

« L’homme est la mesure de toute chose » Protagoras
25/11/16
Martin Videcoq

A 19h, à la Fruitière Numérique de Lourmarin
D943 : Croisement av du 8 Mai, av Raoul Dautry : plan d'accès
GPS : Latitude : 43.766128 | Longitude : 5.364005

Pour tout renseignement : 06 84 08 12 69

27/09/2016 - Qu'est-ce qu'un philosophe ? Qu'est-ce que la pratique philosophique ?

Le philosophe serait-il un spécialiste de philosophie, au même titre qu’un menuisier s’y connaîtrait en bois, ou qu’un plombier maîtriserait l’art de réparer des tuyauteries ? Philosopher, est-ce « pratiquer » un art (au sens grec de technê, savoir- faire), et cette « pratique » (qui était d’ailleurs plutôt au départ une « théorie ») doit-elle impliquer un changement visible, voire radical, dans la manière dont le philosophe vit sa vie ?  Autrement dit, est-il absolument impératif que le philosophe se conforme à ses paroles (et, sous-entendu, aux leçons qu’il est censé donner aux autres ?)

Mais surtout : qui pose la question « qu’est-ce qu’un philosophe ? », avec quelles arrière-pensées ? 

Le scientifique, intrigué par celui qui a longtemps prétendu  exercer  une suprématie sur lui (du temps où la philosophie s’était octroyée le nom de « reine des sciences »),  mais qui,  même détrôné de ce piédestal,  continue à exercer une singulière fascination,  la fascination d’un rival qui comme lui prétend courtiser la « vérité » ?

Le philosophe lui-même,  qui après une histoire de plus de deux millénaires,  se demande parfois si la « pratique » qui est la sienne n’est pas arrivée à son terme, ou en tout cas s’il est encore possible de nommer du même nom ce qui est né en Grèce à l’aurore du cinquième siècle avant J.-C. avec Anaximandre,  Parménide ou Héraclite, et ce qui advient au crépuscule sous les noms de Nietzsche, Derrida ou Michel Foucault ?

L’ « honnête homme » d’aujourd’hui,  qui n’a pas encore renoncé à  lire et  penser,  et qui soupçonne parfois que les philosophes de notre temps ont peut-être encore quelques cartes à jouer dans un monde où tout se réduit à de l’information et de la communication,  et où la philosophie est ravalée bien hâtivement au rang de « science humaine ».  Le vide créé par la désaffection relative des églises ne crée-t-il pas un besoin de catéchisme ou de vademecum,  un désir d’être guidé par des mentors qui penseraient pour nous, mieux que nous,  ce qu’il nous incombe de vivre ?

 D’où notre interrogation : Les philosophes sont-ils bien ceux que l’on nomme ainsi ? Ceux dont le grand public entend parler sont devenus des marchands, des producteurs de « biens culturels », ou de divertissements télévisuels, et l’on peut se demander si en devenant polémistes, chroniqueurs, journalistes, ou personnalités « people »,  ils ont encore quelque chose à voir avec les penseurs dont ils font étalage, en les réduisant à du prêt à porter idéologique, apte à satisfaire à la sauvette, et le temps d’un zapping , l’indéniable besoin de sens des foules.

Il serait prétentieux de vouloir faire le tour de cette question dans le cadre d’un café philo, mais par quelques petites incursions dans notre histoire (et celle de la philosophie), nous suggèrerons qu’un philosophe qui se respecte se renierait s’il cédait à la tentation de devenir un « coach » auquel nous déléguerions la « gestion » de nos vies.


Pierre Kœst,  sept 2016

Pour faire suite au café du 07/06/16 : "Sommes-nous trop sur Terre ?

 Vous pouvez accéder à la présentation de ce café-philo en cliquant sur le lien :
Sommes-nous trop sur Terre ?



Et voici une contribution de JP. Testa sur ce thème :


• Sommes trop nombreux ou trop inégaux ?
Les deux, trop nombreux car l’impact de l’accroissement de la population,  mais surtout l’accroissement de la consommation, sur la nature est  catastrophique, gaz à effet de serre bien sur, mais pollutions en tout genre à effet immédiat ( plastiques, nicotinoides, …) ou à long terme (déchets radioactifs) enfin sans oublier la 6ème grande instinction des espèces commencée au XIX siècle dont l’homme est l’unique artisan.

• La vie est-elle sacrée ?
Oui, on peut répondre sans hésitation, à la condition que toute vie soit sacrée, celle des hommes bien sur mais aussi celle de tous les êtres vivant qui participent à l’équilibre de notre biosphère, ceci dit, l’ordre naturel, autorise la lutte pour la vie contre d’autres espèces, que ce soit par nécessité pour les espèces carnivores ou la lutte contre la maladie. Peut-être sans tomber dans un excès mystique propre à la notion de sacré, faudrait-il se contenter de respecter la vie.

• Faut-il prolonger la vie indéfiniment ?
Le principe même de la vie, des animaux ou végétaux les plus impressionnants jusqu’au plus petit insecte, n’est-il pas qu’elle a un début et une fin ? Avec les progrès continu de la science, les populations des sociétés occidentales ont considérablement augmenté leur espérance de vie, mais devra-t-on en arriver à se poser la vraie question : quand et comment arrêter la vie ?

• L’espèce humaine est-elle nuisible ?
Oui, pour elle-même, « l’homme est un loup pour l’homme » et pour toutes les espèces vivantes par les prédations qu’il exerce sur la nature et l’environnement.

• N’avons-nous pas une responsabilité vis-à-vis des générations futures ?
C’est le principe même de l’écologie, nous ne sommes pas propriétaires de la planète, nous avons le devoir de la transmettre en bon état à nos enfants. Ce principe à longtemps été appliqué par les civilisations dites « primitives », dans lesquelles l’homme n’est pas propriétaire de la terre, il peut en disposer selon certaines conditions. La société moderne occidentale est devenue le modèle mondial, si on peut se féliciter des nombreux progrès qu’elle apporte individuellement, le principe de propriété qu’elle a généralisé, de l’individu à la multinationale, repose encore sur le droit romain de la propriété qui est composé de trois droits élémentaires,  l’USUS, le FRUCTUS et l’ABUSUS, ce dernier droit est terrible car il permet toute destruction à grande échelle, de l’exploitation forestière débridée, des carrières immenses qui défigurent la planète,  des exploitations hyper-polluantes ou dangereuses, gaz de schistes, forages profonds  et forages sur la banquise, ect.

JP Testa
Cadenet le 8/06/2016

07/06/2016 : Sommes-nous trop sur terre ?

 Des écrits de Platon (4e s. av. J.-C.) sur la population que devait comporter la cité grecque idéale au fameux précepte de Jean Bodin (1576) :  « il n’y a de richesses que d’hommes », les velléités politiques d’influer sur la taille ou la composition de la population sont anciennes. Mais souligner l’intérêt de nos ancêtres pour les questions démographiques et leur volonté d’y apporter des solutions ne suffit pas à répondre à la question « Faut-il aujourd’hui une politique de population ? ». Une poli¬tique consistant à assigner au corps social, à l’Etat, à l’ONU,  un objectif donné pour qu’ils mettent en oeuvre les actions susceptibles de le réaliser.
La question a au moins deux aspects : Est-il possible et justifié de définir un objectif d’optimum démographique ? Les mesures prises pour l’atteindre sont-elles à la fois acceptables et efficaces ?

Dans une première partie , nous nous proposons de parcourir l’histoire du concept de surpopulation des origines jusqu’à la fin du 18e siècle, date de la publication par Thomas Malthus de son oeuvre majeure : « Essai sur le principe de population ».  Nous verrons que les  motivations des tenants d’une politique de population, quelle qu’elle soit,  sont d’ordres économique, politique, éthique, religieux  philosophique et, plus particulièrement depuis le 21eme siècle, écologique.

Dans une seconde partie, nous examinerons, à travers le modèle de transition démographique, les principales hypothèses d’évolution de la population mondiale pour les prochains siècles.

Dans une troisième partie, nous analyseront les principaux moyens que proposent les « interventionnistes » pour tenter d’influer sur la taille ou la composition des populations.

En conclusion, nous rappellerons les principales questions économiques, éthiques et philosophiques posées par les politiques de population :
- Existe-t-il un idéal démographique ?
- Est-il légitime de vouloir influer sur le niveau et la composition des populations ?
- Les moyens pour atteindre cet idéal (mortalité, natalité, migrations) sont-ils compatibles avec les droits de l’homme ?
- Les politiques démographiques sont-elles efficaces ? Faut-il vraiment vouloir les mener de façon volontariste sans les insérer dans un ensemble plus global de politiques économiques, sociales, culturelles, favorables aux chan¬gements de comportements individuels ?

Martin Videcoq, 11/05/2016

10/05/2016 Comment penser la décroissance ?



Fiche de problématique

La croissance est devenue, depuis les Trente Glorieuses, l’horizon indépassable des économies contemporaines. Réclamée par les partis politiques de gauche comme de droite et par l’opinion publique, indispensable pour résorber le chômage, nécessaire pour améliorer le pouvoir d’achat, elle est au cœur des politiques économiques, en général néolibérales, menée depuis la crise de 2008.

A côté de ce chœur à l’unisson, quelques voix discordantes, minoritaires, se font entendre. Ceux qui se baptisent eux-mêmes « les objecteurs de croissance », à l’inverse de la plupart des économistes reconnus, sont partisans de la « décroissance soutenable ».

1°) Pourtant, depuis la révolution industrielle et la naissance du capitalisme, les critiques du progrès en général, et du développement industriel en particulier n’ont pas manqué, les tenants de « l’état stationnaire » au XIXème siècle ne sont pas sans rappeler les « objecteurs de croissance » du XXIème qui s’inspirent également de travaux de la deuxième moitié du XXème siècle : rapport du Club de Rome, analyses des éco-économistes, sommet de Rio, Appel de Paris.

2°) Pourquoi abandonner la croissance ? Les thèses des partisans de la décroissance  peuvent se résumer autour de six grandes thématiques : la croissance n’est pas synonyme d’augmentation du bien-être, notamment parce qu’elle  ne prend pas en compte les dégâts causés à l’ensemble de la planète ; la croissance infinie est inconcevable dans un monde fini ; la croissance démographique aggrave les dangers de la croissance économique ;  le creusement des inégalités, conséquence directe du développement, devient insupportable ; les causes profondes de l’idolâtrie de la croissance sont à rechercher du côté de la recherche sans frein du profit et du rôle de la consommation ostentatoire ; les politiques de « développement durable ou soutenable » ne permettront pas de sortir de l’impasse actuelle.

3°) Les « objecteurs de croissance » ne se contentent pas de critiquer le modèle actuel de développement, ils proposent une « utopie concrète » : retrouver une empreinte écologique « raisonnable » en « internalisant les externalités négatives », en relocalisant les activités et en restaurant l’agriculture paysanne ; transformer les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emplois ; décréter un moratoire sur l’innovation technoscientifique.

En conclusion, les partisans de la décroissance pointent, à juste titre, l’incommensurabilité des valeurs à laquelle nous confronte la croissance, la confusion autour de la notion de richesse, trop souvent repliée sur sa seule dimension économique, voire monétaire, et invitent à surmonter la crise de sens que traversent nos sociétés. Ce n’est pas par la création d’une nouvelle force politique  qu’ils comptent atteindre leurs objectifs, mais en recherchant des solutions du côté de l’éthique individuelle et de la philosophie, pour peser dans le débat et infléchir les mentalités.

Jean-Pierre Cendron, auteur et économiste

08/03/2016 : L'homme dans l'évolution



Parmi nous, il y en a qui, aujourd’hui, par légers effleurements de leurs doigts sur un écran tactile, interagissent avec le monde entier alors que, tout jeunes, c’est en charrette à cheval qu’ils se rendaient au bourg du village pour le marché hebdomadaire.

C’était il y a seulement quelques décennies, et pourtant nous vivions alors dans un tout autre monde que le monde actuel, au point que nous n’en finirions pas de décliner les contrastes entre ces deux mondes. Mais il n’y a eu ni tremblement de terre, ni impact d’une météorite, ni tout autre cataclysme, pour rendre compte d’un tel bouleversement de nos existences. C’est donc bien d’« évolution » dont il s’agit.

Or, nous savons que l’ensemble des espèces vivantes –  et donc l’espèce humaine – sont « prises » dans les processus d’évolution selon certaines lois qui ont été progressivement mises à jour par les scientifiques (en particulier Darwin) depuis le XIXème siècle.

Ces lois sont des lois d’adaptation du vivant à un environnement inédit par modifications de caractères communs aux individus, modifications qui s’inscrivent dans leur patrimoine génétique.
Sommes-nous ainsi modifiés depuis une soixantaine d’années, ou sommes-nous en voie de l’être ?
Mais la question ne prend toute son ampleur que si nous remarquons que c’est nous, humains, qui sommes, par nos choix de comportement, le principal facteur de cette évolution accélérée de notre environnement. Cela semble signifier que nous ne sommes pas simplement déterminés, comme les autres espèces, par les contraintes de notre environnement et les mécanismes d’adaptation qui y répondent.

Ne faut-il pas alors penser l’évolution de l’espèce humaine au-delà des lois qui ont été dégagées pour l’ensemble du monde vivant ? N’y a-t-il pas à prendre en compte, dans la pensée de notre évolution, les prodigieux progrès techniques par lesquels nous transformons la planète ? 

Mais une composante récente du progrès technique est la capacité de modifier, presque aussi aisément qu’un texte dans un traitement de texte, le génome d’un individu vivant. Cela signifie que l’évolution du vivant relève aussi, désormais, des choix des hommes, lesquels sont tributaires des institutions auxquelles ils participent et, finalement, de l’état de la culture à laquelle ils appartiennent.
N’allons-nous pas vers une crise des théories de l’évolution qui deviendront impuissantes à comprendre et à prévoir si elles ne prennent pas en compte le problème de l’évolution culturelle des hommes ?

Pierre Jean DESSERTINE, philosophe